UDI - UNIONE DONNE IN ITALIA
S’indigner de l’exposition commerciale du corps de la femme, doit nous faire réfléchir sur la signification de la violence, et pour nous de la violence sexuée.
Aujourd’hui la violence est marketing, elle est vecteur d’excitation et pousse à l’achat d’un jeu vidéo ou d’un ticket d’entrée au cinéma, aujourd’hui la violence est une marchandise offerte impunément.
Mais la violence a depuis toujours fait partie de l’histoire, et plus encore, l’Histoire est une histoire de violences.
Depuis des siècles la violence est codifiée dans l’usage de la force par les armées, jusqu’à sembler noble et héroïque : les viols, plus ou moins ethniques, sont de simples incidents de parcours.
Il est temps de redéfinir cette violence.
Elle est brutalité.
Elle est viol, pour le seul plaisir du vol, de la possession et du contrôle.
Elle est coups, pour le plaisir de soumettre.
Elle est aussi l’insulte en public et en privé, pour le plaisir d’humilier.
Elle est aussi l’homme qui hurle, pour le plaisir de faire peur.
Elle est tout ce que nous savons, conservée dans des statistiques qui disent comme ces femmes sont surtout malmenées chez elles. Et seulement parfois hors du seuil de leur maison par des étrangers ou des co-nationaux, mais toujours par des hommes.
Femminicide est l’expression juste: ils veulent nous tuer parce que nous sommes femmes ; les raisons et les excuses peuvent être infinies, mais l’expression juste est celle-ci. Ils veulent nous tuer pour nous ramener au seul rôle qui nous est autorisé, celui de femelle. Ils veulent nous tuer pour se sentir hommes, voilà la vérité.
Notre devoir est de trouver le coupable et de le condamner, sans appel.
Pour ce faire il faut, plus que jamais, comprendre qui nous sommes.
Il faut avoir la force de ne pas mettre de distance entre nous et les autres femmes, entre notre sécurité présumée et les misères des autres.
Pour ce faire nous devons avant tout nous exprimer en disant NOUS, ne jamais nous penser étrangères à cette situation ou privilégiées, ne pas céder à la tentation de devoir sensibiliser les femmes que nous rencontrons pour les rendre conscientes de la violence qu’elles subissent, que nous subissons.
Nous ne devons pas prétendre qu’une seule femme fasse ce que toutes ensemble nous ne parvenons pas à faire: faire en sorte que les hommes cessent d’user la violence.
Cette femme, comme nous, si elle a un travail, est surement précaire ou sous-payée, pour le moins par rapport à ce que le serait un homme ; si elle a une maison elle la partage presque toujours avec un homme et des enfants.
Si ensuite cette femme s’adresse aux institutions quelle confiance pourra-t-elle avoir dans les lieux de décision, y compris le Parlement, où les femmes sont plus que rares ?
Mais CETTE femme c’est NOUS.
Et nous savons que chaque Etat, en tant que tel, est principalement entre les mains des hommes, mais est principalement habité par des femmes, parce que nous savons bien d’être plus de la moitié.
Il existe donc une nation de femmes, qui peut sembler invisible et sans corps, que nous femmes, nous voyons et reconnaissons chaque jour et à chaque moment, lorsque nous faisons la file devant les guichets, quand nous sommes dans le tram ou dans le métro.
Aujourd’hui, NOUS nous reconnaissons les unes dans les autres, citoyennes de cette nation méconnue, obscurcie et maltraitée.
Nation : les Latins l’appellent Natio, Déesse de la naissance.
Et de qui naissons nous tous, hommes et femmes, si non d’une femme ?
Nous voulons nous reconnaitre en tant que citoyennes, même si nous sommes différentes par notre territoire, notre langue, notre ethnie, notre statut social et culturel, afin d’affirmer le plein et égal exercice de notre droit de citoyenneté paritaire partout dans le monde.
Même si il peut sembler être une certitude, le devoir civil d’affirmer et de pratiquer cette citoyenneté nous revient.
Les hommes se reconnaissent déjà citoyens d’un Etat dans lequel tout, vraiment tout, est empreint et réglé à leur mesure, même la procréation.
Chacune d’entre nous sait qui elle est aujourd’hui en tant que citoyenne, quels sont ses droits et les instruments pour les revendiquer. Si une femme vient d’un autre pays, elle ne le sait pas, nous nous devons de l’en informer.
C’est pour cela que nous sommes déjà intervenues devant le Procureur général de la république, par des initiatives, mais surtout sur la question du langage : nous avons attribué à la mort violente consécutive à des mauvais traitements et des viols le nom de violence sexuée et de femminicide, en les distinguant des autres délits, et ainsi nous en avons modifié la perception.
Les mots sont des témoins significatifs pour tracer les contours de notre différence et pour lutter contre la coutume des préjugés et des phrases toutes faites qui sont définies selon un modèle et un projet masculin.
Quand on parle du plus vieux métier du monde, tous pensent à la prostitution.
On oublie que depuis l’antiquité l’origine symbolique de la prostitution réside dans les viols, dans l’obsession des hommes pour les Amazones, dans l’enlèvement des Sabines, dans les viols ethniques, en Europe, en Afrique et partout.
Ce métier est sculpté dans la chair des femmes et dans le jugement des hommes, aussi bien qu’il occulte qu’avant la prostitution viennent les viols, les abus et les violences sur les femmes par ceux qui les prostituent.
Le phénomène de la traite le montre dans toute sa brutalité : une fois réduites à l’état de marchandises, ces femmes sont mises sur le marché où les hommes pourront jouir de l’humiliation d’un être humain soumis par la violence : une violence sexuée.
En échange ils donneront de l’argent à cette femme qui le rendra elle-même à celui qui l’a réduite en esclavage : un échange de faveurs !
Les prostituées sont un avertissement pour nous toutes : ce sont les « autres » que nous aurions pu être, mais si nous, les premières, nous commençons à penser puis à dire à voix haute que le métier le plus vieux du monde est celui de violeur, chaque genre saura dans quelle image il se reflète.
C’est pour cela que nous voulons rencontrer les femmes, toutes les femmes.
Et nous voulons les rencontrer publiquement.
C’est pour cela que l’UDI lance un Relais de femmes contre la violence qui partira le 25 novembre 2008, journée internationale contre la violence faite aux femmes, et se conclura exactement un an plus tard, le 25 novembre.
Le Relais partira de Niscemi, où Lorena a été assassinée. Et se conclura à Brescia, où Hina a été égorgée.
Symbole et témoin du relais de l’UDI : une amphore à deux poignées qui sera portée par deux femmes, et qui signifiera l’importance de la relation pour nous.
Dans chaque pays ou ville dans laquelle passera le relais , les deux femmes qui en seront dépositaires la confieront à deux autres femmes, publiquement.
Dans chaque endroit où passera le relais, les femmes qui prendront en charge son passage pourront mettre en place des initiatives publiques les plus diverses, séminaires, débats, expositions, projections vidéos etc…
Sur la route, chaque femme pourra se rapprocher et déposer dans l’amphore un billet sur lequel elle aura livré ses pensées, ses plaintes, ses mots, ses images.
Toutes les femmes, de l’UDI ou non, qui communiqueront leur disponibilité à l’adresse udinazionale@gmail.com avant le 30 septembre 2008 participeront au relais, de manière à pouvoir construire un itinéraire national.
Le relais sera organisé par des femmes seules ou par des associations de femmes- les représentations de partis et des organismes locaux ou institutions en sont exclues- l’évènement devra être public et sera autofinancé.
Le site de l’UDI www.udinazionale.org à partir de novembre 2008, suivra pas à pas le déroulement du relais, résumant les initiatives déjà organisées et annonçant celles à venir.